La pensée psychanalytique

Le rôle du père biologique et symbolique : une relation paradoxale

Le père biologique (du point de vue du bébé) est absent pendant les six premiers mois. Il est vu et perçu par le bébé après six mois.

Mais le père symbolique est omniprésent, même avant la conception, durant la conception, après la naissance, durant le développement de l’enfant et jusqu’à sa mort et après sa mort. C’est quoi, ce père symbolique ? Ce sont les règles avec ses prohibitions, interdictions et sacrifices, la fondation même de l’humanité, la civilisation et la société. Prohibition de l’inceste physique et émotionnel forme les piliers de la société et la civilisation.

Le père symbolique (l’autre) est un élément constitutif de chaque individu (mère et père). En permanence on est interpellé par l’autre. La qualité de cette relation avec ce père symbolique pourrait être suffisamment bonne ou non, et va impacter la qualité du maternage et le développement de l’enfant.

Le rôle du père symbolique :

Au commencement il y a une fusion entre la mère et le bébé (au stade du narcissisme primaire) où le bébé est absolument dépendent sur sa mère. Le bébé, dans son imaginaire omnipotent, sent que la mère est une annexe de lui, sa possession et son produit à lui.

Le père (comme représentant de la société) intervient en deux façons :

Il prive l’enfant d’être une annexe de sa mère et il prive sa femme de réclamer son enfant comme son produit (son produit à elle). La mère ne doit pas rester collée à son bébé comme une annexe, une doudoune et une tétine (teat).

Le bébé est un produit de la mère, mais elle ne possède pas ce produit. Ce n’est pas son droit de s’en servir pour son bien, pour remplir son manque, pour se compléter et pour réaliser ses rêves. Un produit dont la mère ne doit pas tamponner avec ses fantaisies. Sinon, l’enfant reste une marionnette, enclavé comme objet désiré par la mère, sans ses propres désirs à lui.

Pour que le bébé comme produit devienne un sujet avec ses propres désirs, il faut qu’il y ait une rupture entre le bébé et les fantaisies de la mère, et une rupture dans la possession imaginaire de la mère. Sans cette rupture, l’enfant reste prisonnier des sentiments, pensées et fantaisies de la mère.

L’identification de l’enfant avec le père biologique et symbolique forme une relation triangulaire qui facilite l’entrée saine de l’enfant dans la société. C’est une garantie contre l’enchevêtrement et la psychose infantile.

Cette relation triangulaire n’est pas un donné, mais une nécessité. Être un bébé n’est pas un donné (une entité) et, de même, être une maman n’est pas un donné (une entité). Devenir un enfant ou une maman est toujours en fonction de l’inconscience de la mère et la place du père symbolique dans son inconscience. Devenir un papa n’est pas non plus un donné (une entité). Ce devenir est aussi toujours en fonction de son inconscience et la place du père symbolique dans son inconscience.

La famille est interpellée par ce système triangulaire. On peut dire que ce système est gravé dans notre ADN. Certains animaux ne pratiquent pas l’inceste pour la survie de leur espèce. Cette structure triangulaire est la pierre angulaire de l’humanité, la civilisation et le bon développement de l’enfant.

Le maternage n’est pas un donné : devenir une maman à travers un maternage approprié et adapté selon la prédisposition du nouveau-né et les vécus historiques et spécifiques de la mère comme un individu

Si la mère ait vécu une enfance suffisamment bonne, elle s’adapte dans une façon suffisamment bonne aux besoins basiques de son enfant et assume une sorte de passerelle pour faciliter le développement de son enfant et sa rentrée symbolique dans la société. Elle peut servir inconsciemment comme modèle ses propres expériences de fusion avec sa mère et les expériences de sa mère envers elle comme bébé. On pourrait dire que ces expériences deviennent une sorte de map dans son inconscience. Si les vécus de ce map ne sont pas suffisamment bons, alors la relation enfant-mère pourrait être entravée et impacter le maternage et ainsi le développement de l’enfant d’une façon nébuleuse.

Mais ce map n’est pas le territoire. La réalité externe (comme territoire), c’est différent de la carte de route : les problèmes familiaux et sociaux. En outre, il y a la prédisposition du bébé qui puisse faciliter son maternage ou rendre son maternage difficile.

On peut faire avancer l’argument que si le père symbolique, c’est-à-dire les valeurs sociétales et culturelles, est bien ancré et intégré au fond de son moi, la mère fera preuve d’une capacité pour différencier ses besoins de ceux de son enfant.

Il y a des cas extrêmes où la mère est incapable, comme chez une mère psychotique, de différencier ses besoins de ceux de son enfant. Par exemple, quand son bébé émet un cri pour signaler qu’il a faim, la mère psychotique aura faim elle-même, alors elle va satisfaire son propre besoin. On dirait que cette mère vit comme une annexe de son enfant. La mère et l’enfant sont restés figés dans une relation de fusion/symbiose et non symbolique et triangulaire. Le père réel et le père symbolique n’ont pas pu créer une rupture entre l’enfant et la mère. Alors la mère et l’enfant restent incarnés émotionnellement dans une relation incestueuse. Dans une telle situation pénible, la présence maternelle cesse d’être un holding et un miroir qui reflète les besoins basiques de son enfant.

Le mot ou le symptôme : l’angoisse de la maman durant les premiers mois et l’empreinte de son inconscience sur le maternage

C’est quoi, un enfant ? Qui parle quand un enfant parle ? Qui agit quand un enfant agit ?

Les enfants ne viennent pas seuls ; ils sont toujours accompagnés par les fantaisies, les paroles de leurs parents et des messages non-dits (l’autre). Ils sont tamponnés par les empreintes de l’inconscience de leur mère et celles de leur père.

Les mères ne viennent pas seules ; elles sont toujours accompagnées par les fantaisies et les paroles et l’angoisse de leurs parents.
Les problèmes des enfants révèlent toujours un type de relation avec leur mère, où l’angoisse de la mère joue un grand rôle par rapport à son inconscience et la place du père symbolique au fond d’elle.

Par exemple, un enfant avec une infirmité non seulement doit affronter son problème organique mais aussi la fantaisie et la parole, ou l’absence de la parole, de sa mère. L’enfant finit par partager cette fantaisie et le discours maternel, bon ou mauvais.

Pour l’enfant, ce sont les mots parlés/dits à propos de son infirmité qui prennent une grande importance … ce sont ces mots ou leurs absences qui créent une expérience vécue au fond de lui.

Dans certains cas, ces mots ou leurs absences sont calcifiés dans l’angoisse et les symptômes psychosomatiques. Ici, le miroir acoustique joue un rôle important dans le développement de l’enfant.

L’enfant non seulement porte les traces/l’empreinte de la manière dont sa naissance est attendue, mais aussi ce qu’il va représenter dans la fantaisie de chaque parent. Ces représentations sont toujours en fonction du passé de ses parents.

La notion qu’une mère perçoit différemment chaque enfant dans une même famille, et chaque enfant perçoit différemment sa mère

Alors dans une famille de sept enfants, il y a sept mamans.

Chaque enfant dans une famille a une spécifique et différente représentation en fonction de l’inconscience de sa mère, ce qui veut dire que chaque enfant évoquera et provoquera différents aspects du passé de sa mère, bons ou mauvais. Alors la mère devient différentes mamans pour ses enfants.

Et la mère sera différemment représentée par chaque enfant dans cette famille en fonction de la prédisposition de chaque enfant, au niveau de la qualité de leur agressivité et leur tolérance de la frustration. Chaque enfant a une différente prédisposition. Alors les conflits relationnels sont spécifiques et différents, donc les empreintes ont un impact différent et spécifique sur le maternage et le soutien paternel.

Il y a des cas familiaux où la mère (non-psychotique) a pu, avec son premier enfant, retourner ou réfléchir, comme un miroir, ce que le bébé a apporté comme expériences et ressentiments. Ce bébé avait le sentiment d’être vu par cette mère. Cette même mère, juste avant la naissance de son second enfant, était traumatisée par la mort de sa propre mère, ce qui a occasionné une sorte de défaillance maternelle. Alors cette mère n’était pas la même maman qu’elle était avec son premier enfant. Le second enfant a un sentiment de n’être pas vu par sa mère. On peut dire que cette mère ne reflétait que son propre état d’âme ou ses humeurs non propices pour le développement du soi de l’enfant. La mère ne reflétait que ses propres besoins. Alors le développement du deuxième nouveau-né, en tant que bébé, était différent de celui du premier nouveau-né.

Le jeu et le je : le principe de la répétition et l’omnipotence magique

La première connaissance d’un enfant de sa mère : c’est quand sa mère apparaît quand il appelle sa mère, et quand sa mère disparaît.

Le jeu est une création poétique dans laquelle le bébé rejoue ou reproduit des situations pénibles où sa mère disparaît et réapparaît. À travers ce réaménagement de ses problèmes, l’enfant cherche à maîtriser ses mauvaises expériences et les conflits avec l’inconscience de ses parents. Si son existence n’est pas validée dans ces conflits, alors il se peut qu’il aille trouver dans ses symptômes psychosomatiques une voix pour s’exprimer. Le jeu offre un espace ou un miroir pictural pour s’exprimer. Le principe de répétition est impliqué dans le jeu où il répète ce qu’il a subi ou vécu.

Comme exemple, dans le jeu aller et ici, l’enfant lance des objets qui sont à sa portée et émet des sons o-o-o (fort), signifiant aller. Après quelques jours, l’enfant joue un autre jeu, fait d’une bobine et de la ficelle, où cette fois-ci il émet des sons signifiant aller et ici (fort-da). C’est un jeu où les choses disparaissent et réapparaissent. C’est comme si, par son omnipotence magique, il gère l’absence de sa maman et maîtrise ses expériences pénibles. Il s’accroche aux mots de sa maman comme des objets transitionnels. Les mots prennent aussi une dimension magique car, à travers les mots aller et ici, il parvient à contrôler la disparition et la réapparition de sa maman. Le jeu aide l’enfant à faire son entrée dans une relation symbolique avec sa mère et, à ce stade, il devient semi-dépendant.

Le jeu d’apparition et disparition évolue avec son réflexion dans le miroir.

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